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CHRONIQUE 01 – Le chemin

L’adolescence. Période ingrate. Durant laquelle on ne mesure rien avec adéquation. Je me souviens très bien. Trop bien. Je lisais Apollinaire, Poe, Beaudelaire, Rimbaud. Et du haut de mon enfance heureuse, aventureuse et bientôt embourgeoisée, je me disais que ma vie était trop facile. Que tout m’était trop simple. Je me suis alors mis dans la tête que la valeur des choses résidait en leurs difficultés. Et que j’étais de ceux fait pour les surmonter.

J’ai fait un peu de théâtre jusqu’à la vingtaine. Je pense que j’étais pas mal. Du moins on m’accordait des aptitudes. Et nous étions quelques uns à m’y voir volontiers faire carrière. Mais du plus loin que je me souvienne, j’avais toujours souhaité être chanteur et écrire. Je n’avais pourtant jamais suivi de cours de musique. Je savais jouer de la guitare de feu de camp, tout au plus. Et encore ! Après avoir été refusé une seule fois à l’École Nationale de Théâtre, j’ai décidé de préparer des auditions pour faire un DEC en musique à Drummondville. Et j’ai été accepté. Le premier pas. C’était en 1994.

Dès les premiers cours, j’avais compris et acquis la certitude que dans la vie, il y a toujours des gens qui, mine de rien, parviennent à se faufiler à travers les mailles du filet. Et cette fois-ci, c’était moi qui avais réussi le triste exploit. J’étais nul en à peu près tout, sauf en interprétation. Je me suis battu comme un diable pour passer mes foutus cours de solfège et de lecture à vue. J’y ai rencontré une foule personnages, dont Boubou. Deux ans plus tard, au bout de mes efforts et le diplôme en poche, je suis parti en voyage. Et fait mes premiers détours.

En 2000, le feu s’est rallumé. La guitare et la plume n’étaient jamais restées bien loin. Mais j’ai réinvestis mes efforts en me mettant à courir les concours, en cumulant les demandes de subvention et en tablant sur la réalisation d’un album démo avec Boubou. C’est à cette époque étrange, pleine d’idéaux et de maladresses, que je dois Tenir debout et Au commencement du monde. Néanmoins, outre mes petites victoires, je ne parvenais à obtenir aucune confirmation durable et conséquente qui me serait venue du milieu. Des compliments, des encouragements, oui. Mais rien qui me disait que j’y avais une place légitime. Aigri et désabusé, la plume tarie, j’ai levé le majeur et tourné le dos.

La première validation du genre m’est venue des années plus tard, alors que j’avais tout arrêté et m’étais réorienté vers l’enseignement, de la part d’un drôle de personnage, à mi-chemin entre John Lennon et le lutin grincheux de Canadian Tire. Pepe m’a contacté pour me demander la permission de reprendre deux de mes chansons sur son premier opus, Silence. Il a récidivé deux ans plus tard pour son deuxième, C’est un monde.

Au détour de mon BES, j’en avais soupé des difficultés. Foutue conception judéo-chrétienne de l’existence ! Les choses peuvent aussi être faciles. Doivent rester simples. Et le seront désormais. Alors, je me suis risqué, craintif, à renflouer le désir de son espoir moteur. Pepe m’a pris par la main, m’a sorti de ma tanière, m’a poussé, peinturé dans le coin, donné la chance, redonné le goût, rallumé le feu. Il a fait résonner mon nom. Et puis Boubou. Fidèle complice. Qui a bien voulu reprendre la route avec moi. Les deux ne m’ont pas lâché. Ils sont encore là.

Il me restait encore de la route à tracer. J’ose espérer qu’il m’en reste encore beaucoup. Mais pour l’instant, avec l’aide de quelques personnes valeureuses, je me suis déjà rendu jusqu’ici, à lancer cet album : Tenir la route ! C’est le fruit, disons, d’une longue gestation. Mais contrairement au chemin qui m’y a mené, sa conception elle, s’est faite sans difficulté…

4 Commentaires

Marie-france Dechênes - 01. mai, 2014 -

Vous écrivez tellement bien , très intéressant , c’est un plaisir de vous lire . Merci

Marlène Deschênes - 01. mai, 2014 -

Déjà fan pour avoir découvert tes mots sur les cd de ton Pépé. Des mots touchants, bouleversants selon la traversée dans laquelle notre moment se situe, des mots du cœur. Très hâte d’entendre Tenir la route!

Élise Reneault - 04. mai, 2014 -

Eh bien! Je suis encore touchée par les mots…Vos mots!

Ce sera un beau cadeau de fête que je me fais que d’assister à votre lancement le 6 mai prochain! Ouais bon, ce n’est pas tout à fait le 6 mai mais bon, beau prétexte!!

Je me procurerai un disque et vous le ferai autographier si c’est possible?

Merci
Élise

Claire Tremblay - 04. mai, 2014 -

Après avoir lu ta chronique, je saisi vraiment la raison pour laquelle ton album a mérité son titre. Une belle bio qui nous permet de mieux comprendre tes textes. Merci de partager ainsi ton quotidien du passé, comme du présent, en espérant que dans un proche avenir, la scène sera le lieu de ta rencontre.

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